1ERE DIVISION POLONAISE LIBERE UNE PARTIE DE LA SOMME 1944
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1ERE DIVISION POLONAISE LIBERE UNE PARTIE DE LA SOMME 1944
Le 29 Aout la division ¨Polonaise quitte Vaudeloges , département du Calvados, village qui se situe à proximité de St Pierre/Dives : 13 Km Falaise : 15 Km Mer : 50 Km au pied de la Côte d'Auge, son aire de repos après les combats en Normandie.
La Division arrive au début de l'après-midi du 30 août à proximité de Criquebeuf-sur-Seine et le 31 août traverse le fleuve par le pont de "Varsovie", construit par le génie de la Division.
L'ordre du jour est de dépasser la 3ème D.I. Canadienne et de continuer la poursuite de l'ennemi vers Abbeville.
Le 1er septembre les éléments de la D.B. 10 eme chasseurs à cheval et un escadron du 10 eme dragon forcent le passage sur la rivière Bresle, libèrent Blangy Sur Bresle et les régions de Béhen- Foucarmont - Les Essarts Varimpre (environ 10 km au sud –ouest d’Abbeville. Le 2 septembre les premiers éléments de la Division atteignent la Somme. Les ponts sont détruits.
L’attaque sur Abbeville commence l’après midi même.
Les chasseurs de Podhale attaquent de front la ville tandis que les 8eme et 9 eme bataillions de chasseurs le 10 eme dragons et la 11eme compagnie de génie attaquent en direction de Gouy, à deux kilomètres au nord-est d’Abbeville.
Le soir, toute la division atteint le fleuve pour y trouver un passage.
Le lendemain les 8eme et 9eme bataillons de chasseurs réussissent à sécuriser un passage sur le fleuve et permettent la constitution d’une tête de pont vers Port-le-Grand, Flibeaucourt, Grand Laviers et Buigny-Saint-Maclou
Le 3 septembre la ville d'Abbeville est libérée sans l'utilisation massive d'artillerie, pour épargner la population civile, par les chasseurs de Podhale.
Le génie commence la construction d’un pont à Grand Laviers .
Dans l’après midi, le groupe de combat initial traverse la Somme et avance vers Hesdin. En constant contact avec l’ennemie, ils atteignent Le Boisle , tous les ponts y sont détruits, ce qui les oblige à y passer la nuit.
Les ordres du 4 septembre, continuer la poursuite sur l’axe Abbeville, Hesdin, Saint-Omer, Ypres.
Le commandant du régiment ordonne de reconnaitre plusieurs ponts simultanément sur chaque rivière pour essayer de gagner du temps. Le 2eme escadron est chargé de trois ponts à l’Ouest du Boisle, le 3eme de quatre ponts au sud-est du village. Une fois l’Authie traversée, les trois escadrons se dirigent sur le secteur Hesdin-Wail.
Voilà le passage dans la somme de la division Polonaise dans la somme.
Le 4 septembre c'est au tour de Ruisseauville et Crépy d'être libérés. La Division poursuit son effort dans la direction de Saint-Omer et la frontière belge.
Le 5 septembre progressant sur deux axes les éléments de la 1ère D.B. Polonaise libèrent Saint-Omer, après un engagement sévère. Depuis, Abbeville et Saint-Omer célèbrent chaque année, l'anniversaire de leur libération sous les monuments érigés par les habitants.
Le 6 septembre la 1ère D.B. Polonaise franchit la frontière belge à 13 h 40 et le jour même s'empare de la ville d'Ypres.
Tombe Polonaise cimetière d'Abbeville
Monument commémoratif Abbeville
Plaque du monument
Arrivée Division Polonaise Abbeville
Uniforme
Groupe de reconstitution
HOMMAGE AUX FUSILLES DU 3 SEPTEMBRE 1944
A la veille de la Libération, Crécy connaît des heures tragiques. Le 3 septembre 1944, six personnes vont périr sous le feu de l’armée ennemie. La presse de l’époque s’est fait l’écho du drame.
Essentiel du texte paru dans le N° 8 de la Picardie Nouvelle, à la date du 8 septembre 1944.
Les barbares ont passé là.
L’assassinat de six héros à Crécy en Ponthieu.
Jeudi, toute la population de Crécy en Ponthieu a communié dans une même émotion en suivant jusqu'à la terre qui les a accueillis pour le grand repos les six cercueils des héros tombés, victimes dernières de la barbarie. Leur mort constitue un épisode de la résistance qui aura demain sa place dans les pages légendaires de l’histoire nouvelle écrite avec du sang.
Nous avons pu joindre l’un des témoins oculaires, le fils même d’un homme qui s’est révélé héroïque en gravissant sans faiblesse le calvaire du suprême sacrifice, le fils du chef de brigade Berle.
Il a 16 ans ½ , les allemands l’ont contraint à assister à l’assassinat de son père et des quelques hommes qui résistèrent jusqu’à la dernière cartouche.
C’était le dimanche 3 septembre, vers 10 H 30 du matin, les Boches se repliaient. Déjà, ici et là, dans la commune de Crécy en Ponthieu des patriotes avaient fait quelques prisonniers. C’est alors qu’ont vint avertir le chef de gendarmerie, M Berle, que six allemands et deux femmes se trouvaient à la sucrerie. Il s’y rendit, accompagné des gendarmes Martinache Edouard, Patry Raymond, Bédu Albert, Delannoy Raymond, de Gaffet Gilbert, garagiste et du facteur Petit Eugène, marié et père de huit enfants.
(Nota : sur ce point le rapport de gendarmerie écrit par le gendarme Bédu note que Gaffet et Petit n’accompagnaient pas les gendarmes)
Arrivant à la sucrerie, ils se heurtèrent non pas à six allemands, mais trente, qu’ils firent prisonniers.
Encadrant leur prise, ils regagnèrent la gendarmerie. Comme ils y arrivaient, une mitrailleuse allemande venant du centre de Crécy se mettait en position à courte distance et ouvrait le feu. Ils avaient cependant eu le temps de faire rentrer leurs prisonniers qu’ils enfermèrent dans les dépendances du bâtiment.
Alors commença le drame.
Les femmes et les enfants furent envoyés à la cave, tandis que les hommes déjà cités, auxquels s’étaient joints deux F.F.I., Jacques Malivet de Maison Ponthieu, et Philippe Barnabé de La Chaussée-Tirancourt, gagnaient leur position de combat aux fenêtres des étages et du grenier. La lutte s’engagea, bientôt inégale, puisque 150 Allemands cernaient la maison. L’héroïque petite garnison de la gendarmerie ne disposait que de quelques mitraillettes et de quelques grenades. Les munitions allaient rapidement manquer.
Voyant la situation désespérée, le chef Berle, gardant un magnifique sang-froid, invitait son fils, Jacques Malivet et Philippe Barnabé à fuir, en leur disant :
Le fils Berle rejoignit les femmes à la cave, les deux autres parvinrent à s’échapper par le jardin. Lorsque toutes les munitions furent épuisées, Berle donna l’ordre à ses gendarmes de tenter à leur tour une évasion. Le gendarme Delannoy parvint, sous une grêle de mitraille, à traverser le jardin et à se cacher, mais déjà l’ennemi de ce côté resserrait son étreinte et le gendarme Bédu se réfugiait dans un grenier situé au-dessus des écuries où étaient empilés des postes de T.S.F. Il s’étendit et se recouvrit complétement des postes qui se trouvaient là. Berle, Martinache, Patry, Gilbert Gaffet et Petit gagnèrent la cave où se trouvait également un vieillard de l’hospice, Arthur Savreux, 68 ans qui, tous les dimanches matin, venait scier du bois à la gendarmerie.
Alors passèrent des minutes d’épouvante, les Allemands firent sauter la porte à coup de grenades et se répandirent dans la maison, poussant des vociférations de sauvages, ils fouillèrent tout, brisèrent tout. Ayant délivré la trentaine de prisonniers et les deux femmes, ils montèrent dans le grenier, où sous les postes de T.S.F. se trouvait le gendarme Bédu, qui retenait littéralement sa respiration pour ne pas trahie sa présence. Sans penser à déplacer la pile de poste T.S.F., les Allemands redescendirent, il était sauvé.
Pendant ce temps, Berle avait fait évacuer la cave et mis son monde dans une galerie souterraine servant d’abri. Quelques instant plus tard, les Allemands pénétraient dans la cave et lançaient des grenades. Sentant qu’ils allaient être découverts, Berle décida de sortir et de se rendre pour éviter le massacre des femmes et des enfants. Berle ayant embrassé sa femme et ses enfants sortit les bras levés, alors que déjà les premiers Allemands arrivaient vers l’abri, des grenades à la main. Le gendarme Martinache, 27 ans, et le gendarme Patry, 24 ans suivirent leur chef.
Fous de colère, saouls de vengeance, les Boches se ruèrent sur les trois hommes, qu’ils terrassèrent à coups de crosse, les faisant successivement se relever pour les abattre encore. Pendant ce temps, d’autres sauvages faisaient sortir de l’abri les trois hommes, les femmes et les enfants qui s’y trouvaient encore. Ils placèrent les femmes et les enfants d’un côté, et de l’autre, les hommes. Devant les femmes et les petits qui pleuraient, ils armèrent leurs mitraillettes, indiquant par gestes qu’ils allaient faucher tout le monde. Une discussion s’éleva dans le clan des assassins. Quelques uns, partisans d’épargner les femmes et les enfants, parlaient haut et l’emportèrent. C’est ainsi que furent sauvés les femmes et les petits.
Les hommes furent conduits en file indiennes. Berle en tête, son fils de 16 ans ½ fermant la marche, les mains derrière la nuque jusqu’à un hangar situé près de la sucrerie. Pendant le trajet, ces hommes ensanglantés, dont tout le corps était tuméfié ou portait des ecchymoses des coups reçus, ces vivants déjà morts, furent encore accablés de coups de pieds et de coups de crosse de mitraillette.
A proximité du hangar se trouve une fosse, ils y firent descendre Berle le premier, celui-ci trouva encore la force de demander grâce pour ses gendarmes, disant qu’étant chef, c’est lui seul qui portait la responsabilité. Mais la horde s’abattit sur lui et pour pousser au paroxysme le sadisme de leur cruauté, les Boches appelèrent le fils Berle et sous ses yeux exécutèrent son père d’une balle dans la tête et dans le cœur.
Ce fut ensuite le tour de Martinache, puis de Patry, puis de Gilbert Gaffet, de Petit, le facteur et du vieillard de l’hospice, le pauvre Arthur Savreux, si innocent. Une nouvelle discussion s’engagea entre les assassins pour savoir si le fils Berle subirait le sort de son père. Brusquement, ils le renvoyèrent pour annoncer aux femmes qu’elles étaient veuves. Et le pauvre enfant chancelant, ayant devant les yeux l’écran d’horreur de l’exécution, revint jusqu’à la maison dans laquelle les Boches avaient tiré un coup de canon, prouvant une fois de plus ce besoin inné de détruire après avoir tué.
Tel est le drame.
Tels sont les héros.
Le fils Berle nous l’a conté, enveloppant sa douleur dans une dignité d’homme car de telles minutes mûrissent un adolescent plus vite que les années, mais d’une voix presque éteinte qui sortait de ses lèvres pâles, il murmura :
« J’ai vu tuer mon père par les Allemands… c’est affreux ! »
Des crimes comme celui-là se paieront. Il ne doit pas y avoir place dans les cœurs pour de la pitié !
Plus tard, beaucoup plus tard, la gloire légendaire qui auréolera leur souvenir, sera dite aux enfants qui penseront alors que
« ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie, ont droit qu’à leur tombeau la foule vienne et prie ».
M. Couëtou du Tertre, procureur de la République à Abbeville, est allé s’incliner devant les dépouilles mortelles des six braves et a exprimé à leurs familles les condoléances des Pouvoirs Publics.
Monument Crecy en Ponthieu
La Division arrive au début de l'après-midi du 30 août à proximité de Criquebeuf-sur-Seine et le 31 août traverse le fleuve par le pont de "Varsovie", construit par le génie de la Division.
L'ordre du jour est de dépasser la 3ème D.I. Canadienne et de continuer la poursuite de l'ennemi vers Abbeville.
Le 1er septembre les éléments de la D.B. 10 eme chasseurs à cheval et un escadron du 10 eme dragon forcent le passage sur la rivière Bresle, libèrent Blangy Sur Bresle et les régions de Béhen- Foucarmont - Les Essarts Varimpre (environ 10 km au sud –ouest d’Abbeville. Le 2 septembre les premiers éléments de la Division atteignent la Somme. Les ponts sont détruits.
L’attaque sur Abbeville commence l’après midi même.
Les chasseurs de Podhale attaquent de front la ville tandis que les 8eme et 9 eme bataillions de chasseurs le 10 eme dragons et la 11eme compagnie de génie attaquent en direction de Gouy, à deux kilomètres au nord-est d’Abbeville.
Le soir, toute la division atteint le fleuve pour y trouver un passage.
Le lendemain les 8eme et 9eme bataillons de chasseurs réussissent à sécuriser un passage sur le fleuve et permettent la constitution d’une tête de pont vers Port-le-Grand, Flibeaucourt, Grand Laviers et Buigny-Saint-Maclou
Le 3 septembre la ville d'Abbeville est libérée sans l'utilisation massive d'artillerie, pour épargner la population civile, par les chasseurs de Podhale.
Le génie commence la construction d’un pont à Grand Laviers .
Dans l’après midi, le groupe de combat initial traverse la Somme et avance vers Hesdin. En constant contact avec l’ennemie, ils atteignent Le Boisle , tous les ponts y sont détruits, ce qui les oblige à y passer la nuit.
Les ordres du 4 septembre, continuer la poursuite sur l’axe Abbeville, Hesdin, Saint-Omer, Ypres.
Le commandant du régiment ordonne de reconnaitre plusieurs ponts simultanément sur chaque rivière pour essayer de gagner du temps. Le 2eme escadron est chargé de trois ponts à l’Ouest du Boisle, le 3eme de quatre ponts au sud-est du village. Une fois l’Authie traversée, les trois escadrons se dirigent sur le secteur Hesdin-Wail.
Voilà le passage dans la somme de la division Polonaise dans la somme.
Le 4 septembre c'est au tour de Ruisseauville et Crépy d'être libérés. La Division poursuit son effort dans la direction de Saint-Omer et la frontière belge.
Le 5 septembre progressant sur deux axes les éléments de la 1ère D.B. Polonaise libèrent Saint-Omer, après un engagement sévère. Depuis, Abbeville et Saint-Omer célèbrent chaque année, l'anniversaire de leur libération sous les monuments érigés par les habitants.
Le 6 septembre la 1ère D.B. Polonaise franchit la frontière belge à 13 h 40 et le jour même s'empare de la ville d'Ypres.
Tombe Polonaise cimetière d'Abbeville
Monument commémoratif Abbeville
Plaque du monument
Arrivée Division Polonaise Abbeville
Uniforme
Groupe de reconstitution
HOMMAGE AUX FUSILLES DU 3 SEPTEMBRE 1944
A la veille de la Libération, Crécy connaît des heures tragiques. Le 3 septembre 1944, six personnes vont périr sous le feu de l’armée ennemie. La presse de l’époque s’est fait l’écho du drame.
Essentiel du texte paru dans le N° 8 de la Picardie Nouvelle, à la date du 8 septembre 1944.
Les barbares ont passé là.
L’assassinat de six héros à Crécy en Ponthieu.
Jeudi, toute la population de Crécy en Ponthieu a communié dans une même émotion en suivant jusqu'à la terre qui les a accueillis pour le grand repos les six cercueils des héros tombés, victimes dernières de la barbarie. Leur mort constitue un épisode de la résistance qui aura demain sa place dans les pages légendaires de l’histoire nouvelle écrite avec du sang.
Nous avons pu joindre l’un des témoins oculaires, le fils même d’un homme qui s’est révélé héroïque en gravissant sans faiblesse le calvaire du suprême sacrifice, le fils du chef de brigade Berle.
Il a 16 ans ½ , les allemands l’ont contraint à assister à l’assassinat de son père et des quelques hommes qui résistèrent jusqu’à la dernière cartouche.
C’était le dimanche 3 septembre, vers 10 H 30 du matin, les Boches se repliaient. Déjà, ici et là, dans la commune de Crécy en Ponthieu des patriotes avaient fait quelques prisonniers. C’est alors qu’ont vint avertir le chef de gendarmerie, M Berle, que six allemands et deux femmes se trouvaient à la sucrerie. Il s’y rendit, accompagné des gendarmes Martinache Edouard, Patry Raymond, Bédu Albert, Delannoy Raymond, de Gaffet Gilbert, garagiste et du facteur Petit Eugène, marié et père de huit enfants.
(Nota : sur ce point le rapport de gendarmerie écrit par le gendarme Bédu note que Gaffet et Petit n’accompagnaient pas les gendarmes)
Arrivant à la sucrerie, ils se heurtèrent non pas à six allemands, mais trente, qu’ils firent prisonniers.
Encadrant leur prise, ils regagnèrent la gendarmerie. Comme ils y arrivaient, une mitrailleuse allemande venant du centre de Crécy se mettait en position à courte distance et ouvrait le feu. Ils avaient cependant eu le temps de faire rentrer leurs prisonniers qu’ils enfermèrent dans les dépendances du bâtiment.
Alors commença le drame.
Les femmes et les enfants furent envoyés à la cave, tandis que les hommes déjà cités, auxquels s’étaient joints deux F.F.I., Jacques Malivet de Maison Ponthieu, et Philippe Barnabé de La Chaussée-Tirancourt, gagnaient leur position de combat aux fenêtres des étages et du grenier. La lutte s’engagea, bientôt inégale, puisque 150 Allemands cernaient la maison. L’héroïque petite garnison de la gendarmerie ne disposait que de quelques mitraillettes et de quelques grenades. Les munitions allaient rapidement manquer.
Voyant la situation désespérée, le chef Berle, gardant un magnifique sang-froid, invitait son fils, Jacques Malivet et Philippe Barnabé à fuir, en leur disant :
Le fils Berle rejoignit les femmes à la cave, les deux autres parvinrent à s’échapper par le jardin. Lorsque toutes les munitions furent épuisées, Berle donna l’ordre à ses gendarmes de tenter à leur tour une évasion. Le gendarme Delannoy parvint, sous une grêle de mitraille, à traverser le jardin et à se cacher, mais déjà l’ennemi de ce côté resserrait son étreinte et le gendarme Bédu se réfugiait dans un grenier situé au-dessus des écuries où étaient empilés des postes de T.S.F. Il s’étendit et se recouvrit complétement des postes qui se trouvaient là. Berle, Martinache, Patry, Gilbert Gaffet et Petit gagnèrent la cave où se trouvait également un vieillard de l’hospice, Arthur Savreux, 68 ans qui, tous les dimanches matin, venait scier du bois à la gendarmerie.
Alors passèrent des minutes d’épouvante, les Allemands firent sauter la porte à coup de grenades et se répandirent dans la maison, poussant des vociférations de sauvages, ils fouillèrent tout, brisèrent tout. Ayant délivré la trentaine de prisonniers et les deux femmes, ils montèrent dans le grenier, où sous les postes de T.S.F. se trouvait le gendarme Bédu, qui retenait littéralement sa respiration pour ne pas trahie sa présence. Sans penser à déplacer la pile de poste T.S.F., les Allemands redescendirent, il était sauvé.
Pendant ce temps, Berle avait fait évacuer la cave et mis son monde dans une galerie souterraine servant d’abri. Quelques instant plus tard, les Allemands pénétraient dans la cave et lançaient des grenades. Sentant qu’ils allaient être découverts, Berle décida de sortir et de se rendre pour éviter le massacre des femmes et des enfants. Berle ayant embrassé sa femme et ses enfants sortit les bras levés, alors que déjà les premiers Allemands arrivaient vers l’abri, des grenades à la main. Le gendarme Martinache, 27 ans, et le gendarme Patry, 24 ans suivirent leur chef.
Fous de colère, saouls de vengeance, les Boches se ruèrent sur les trois hommes, qu’ils terrassèrent à coups de crosse, les faisant successivement se relever pour les abattre encore. Pendant ce temps, d’autres sauvages faisaient sortir de l’abri les trois hommes, les femmes et les enfants qui s’y trouvaient encore. Ils placèrent les femmes et les enfants d’un côté, et de l’autre, les hommes. Devant les femmes et les petits qui pleuraient, ils armèrent leurs mitraillettes, indiquant par gestes qu’ils allaient faucher tout le monde. Une discussion s’éleva dans le clan des assassins. Quelques uns, partisans d’épargner les femmes et les enfants, parlaient haut et l’emportèrent. C’est ainsi que furent sauvés les femmes et les petits.
Les hommes furent conduits en file indiennes. Berle en tête, son fils de 16 ans ½ fermant la marche, les mains derrière la nuque jusqu’à un hangar situé près de la sucrerie. Pendant le trajet, ces hommes ensanglantés, dont tout le corps était tuméfié ou portait des ecchymoses des coups reçus, ces vivants déjà morts, furent encore accablés de coups de pieds et de coups de crosse de mitraillette.
A proximité du hangar se trouve une fosse, ils y firent descendre Berle le premier, celui-ci trouva encore la force de demander grâce pour ses gendarmes, disant qu’étant chef, c’est lui seul qui portait la responsabilité. Mais la horde s’abattit sur lui et pour pousser au paroxysme le sadisme de leur cruauté, les Boches appelèrent le fils Berle et sous ses yeux exécutèrent son père d’une balle dans la tête et dans le cœur.
Ce fut ensuite le tour de Martinache, puis de Patry, puis de Gilbert Gaffet, de Petit, le facteur et du vieillard de l’hospice, le pauvre Arthur Savreux, si innocent. Une nouvelle discussion s’engagea entre les assassins pour savoir si le fils Berle subirait le sort de son père. Brusquement, ils le renvoyèrent pour annoncer aux femmes qu’elles étaient veuves. Et le pauvre enfant chancelant, ayant devant les yeux l’écran d’horreur de l’exécution, revint jusqu’à la maison dans laquelle les Boches avaient tiré un coup de canon, prouvant une fois de plus ce besoin inné de détruire après avoir tué.
Tel est le drame.
Tels sont les héros.
Le fils Berle nous l’a conté, enveloppant sa douleur dans une dignité d’homme car de telles minutes mûrissent un adolescent plus vite que les années, mais d’une voix presque éteinte qui sortait de ses lèvres pâles, il murmura :
« J’ai vu tuer mon père par les Allemands… c’est affreux ! »
Des crimes comme celui-là se paieront. Il ne doit pas y avoir place dans les cœurs pour de la pitié !
Plus tard, beaucoup plus tard, la gloire légendaire qui auréolera leur souvenir, sera dite aux enfants qui penseront alors que
« ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie, ont droit qu’à leur tombeau la foule vienne et prie ».
M. Couëtou du Tertre, procureur de la République à Abbeville, est allé s’incliner devant les dépouilles mortelles des six braves et a exprimé à leurs familles les condoléances des Pouvoirs Publics.
Monument Crecy en Ponthieu
petitabbevillois- Technician 4th Class
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Date d'inscription : 24/07/2010
Age : 62
Localisation : ABBEVILLE
Re: 1ERE DIVISION POLONAISE LIBERE UNE PARTIE DE LA SOMME 1944
Ce sont des témoignages très poignants !!!! J'ai reçu d'un ami une photo d'époque de la libération d'Abbeville...rien de bien extraordinaire mais elle est à voir !!!
En tout cas vraiment superbe récit !!!!
En tout cas vraiment superbe récit !!!!
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